Samedi 15 novembre 2008
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D’après un article de Que Choisir du 28-10-08 par Élisabeth Chesnais
Un an après les conclusions du Grenelle de l'environnement, que sont devenues les belles intentions ?
L'objectif était clair, il s'agissait de diviser par quatre les émissions de CO2 d'ici à 2050. Le moyen est connu : il faut réduire les
consommations d'énergie. On demandait donc des évolutions radicales au bâtiment et aux transports, les deux secteurs les plus fautifs.
Logement : Objectif basse consommation
Tous les permis de construire déposés à partir de 2012 devront correspondre à la basse consommation, autrement dit garantir une consommation
d'énergie limitée à 50 kWh/m2/an. Les factures des occupants seront divisées par trois, en comparaison de l'habitat récent, et par six au moins comparé à l'ancien.
Le bâti existant est moins bien loti. Si le
projet de loi insiste sur la rénovation énergétique des bâtiments publics et sur celle des 800 000 logements sociaux qui consomment plus de 230 kWh/m2/an, le logement privé apparaît comme
le parent pauvre. Seules des incitations à la rénovation énergétique sont prévues, c'est un peu léger pour remettre à niveau les vingt millions de logements construits avant 1975, qui sont autant
de gouffres à énergie.
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Logement
25 % des émissions de CO2
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+ 14 % depuis 1990 en Consommations
d'énergie Objectifs du Grenelle
- Logement d'avant 1975 : 300 à
600 kWh/m2/an. -
Construction : 50 kWh/m2/an 20 millions de logements
concernés
- Rénovation de l'existant :
80 kWh/m2/an
- Logement neuf : 110 kWh/m2/an
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Constructions neuves : Un amendement à
contre-courant
Les avancées sur la sobriété énergétique des logements neufs sont mises à mal par un amendement déposé par des députés UMP. L'objectif de 50 kWh/m2/an est
exprimé en énergie primaire, celle qu'il faut utiliser pour fournir un kW au compteur de l'abonné et qui fait référence en Europe, et même en France pour les labels et l'étiquetage énergétique.
Avec cet amendement, qui a pour seul but de soutenir le chauffage électrique, on pourrait atteindre 120 kWh ! Car l'électricité n'est pas une énergie primaire. Contrairement au gaz,
elle nécessite d'être produite. Ainsi, pour fournir 1 kWh d'électricité à l'abonné, il aura fallu en employer près de 3. Impossible, donc, de rentrer dans les clous des 50 kWh, à moins
d'avoir recours aux pompes à chaleur. D'où l'intense lobbying auprès des parlementaires auquel se sont livrés EDF et les professionnels du chauffage électrique. Si l'amendement passe dans la
loi, la rénovation durable du bâti et la lutte contre le réchauffement climatique en prendront un coup. Les radiateurs électriques, coûteux à l'usage mais moins onéreux à l'achat que les autres
systèmes de chauffage, emporteront le marché, la demande en électricité augmentera, les émissions de CO2 également. Car, paradoxalement, si les centrales nucléaires sont très sobres en CO2, le
chauffage électrique correspond à des consommations de pointe assurées par des centrales au fioul ou au charbon qui en crachent énormément ! Cet amendement qui « module » les
50 kWh, c'est le terme employé, est évidemment contraire aux engagements du Grenelle.
Transports : Politique de
gribouille
Malgré la responsabilité énorme des transports, le Grenelle s’était contenté de recommandations. Conclusion : on arrête certains projets
autoroutiers, mais on en autorise d’autres ! Drôle de façon de donner la priorité au transport ferroviaire ! Le transport de marchandises par voie ferrée, justement, devait augmenter de 25 %
d'ici à 2012, le projet de loi ne parle plus que de transport non routier. L'objectif
peut dès lors être atteint par le fluvial sans que le fret ferroviaire n'augmente d'un iota.
Les transports collectifs urbains devaient bénéficier d'un soutien de l'État de 4 milliards d'euros pour créer 1 500 km supplémentaires de
tramways et de bus en site propre d'ici à 2020, sur un budget total de 18 milliards. Un projet bienvenu compte tenu du succès que rencontrent les transports urbains depuis la hausse du prix
des carburants. Or, depuis le Grenelle, le soutien de l'État n'est plus que de 2,5 milliards d'euros.
La taxation des poids lourds devait, de son côté, être mise en place en 2010. Il est désormais
prévu de repousser cette écotaxe au plus tôt à 2011, et sans l'appliquer sur les autoroutes concédées, qui représentent l'essentiel du trafic. Autant dire que le transport routier, le plus
polluant et le plus dangereux, a encore de beaux jours devant lui.
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Transports 26 % des émissions de CO2
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+ 20 % depuis 1990 Objectifs du Grenelle
Répartition
- Transport de marchandises : 86 % par route
- Transport de personnes : 83 % par route
- Trafic routier : 94 % des émissions du secteur
Objectifs du Grenelle - Priorité absolue au fluvial et au
ferroviaire : + 25 % pour le fret ferroviaire - Doublement des lignes à grande
vitesse
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Il était convenu que la redevance incitative deviendrait obligatoire. En facturant à la quantité de déchets non triés, ce dispositif incite au tri et au compostage, ainsi qu'à l'achat de produits moins emballés, réutilisables
plutôt que jetables. Mais les projets de loi oublient cette généralisation de la redevance, elle n'est plus qu'optionnelle.
Autre recul, cette fois sur le financement de la filière déchets d'emballages. Le Cercle national du recyclage a refait les calculs récemment, les
industriels qui mettent les emballages sur le marché cotisent à seulement 43,4 % pour leur élimination, et le solde revient aux contribuables locaux via la taxe ordures ménagères. Une
anomalie qui n'est pas corrigée, l'objectif 100 % n'est pas retenu.
Déchets ménagers:
360 kg/an/habitant
État
actuel
Objectifs du Grenelle - Compostage : 6 % - Réduction des quantités : -
5 kg/an/habitant
- Recyclage : 13 % - Part du recyclage : 45 % des déchets en 2015
- Mise en décharge : 38 % - Redevance incitative
- Incinération : 43 %
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Bonus-malus : Entre vertu et dérives
Elle était bien partie, la fiscalité écologique basée sur le bonus-malus. Amorcée avec le marché automobile, elle a fait ses preuves
au-delà des espérances : sur les six premiers mois, les ventes de voitures à bonus ont augmenté de 44 %, celles des voitures à malus
chuté de 43 %. Faute d'avoir renforcé le malus sur les voitures qui rejettent beaucoup de CO2 et d'avoir mieux cadré le bonus, c'est
aujourd'hui le contribuable qui en finance une partie.
Le dispositif bonus-malus doit également concerner des produits qui possèdent une alternative évidente. Malus sur les piles jetables et bonus sur les
rechargeables, bonus sur les ampoules basse consommation et malus sur les autres, par exemple. Au vu des nombreux tests publiés par Que Choisir, le cas par cas s'impose. Les pneus
« verts » sont des candidats à exclure car certains sont peu performants en freinage sur route mouillée, les lave-linge et les sèche-linge aussi, car l'écart des consommations d'énergie
est faible d'un modèle à l'autre. Les réfrigérateurs, les congélateurs et les téléviseurs à écran plat présentent, en revanche, des écarts importants qui justifient un bonus-malus.
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Pesticides
La France, utilisateur n° 1 en Europe
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77 300 tonnes en 2007 Objectifs du
Grenelle
- 90 % à usage agricole
- 91 % des cours d'eau contaminés - Réduire de 50 % l'emploi des pesticides
- Et 55 % des nappes souterraines
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Pesticides : Révolution culturale amorcée
Réduire l'utilisation des pesticides de 50 % en dix ans, l'objectif du Grenelle était ambitieux. Le plan Ecophyto 2018, présenté par le ministre de
l'Agriculture, Michel Barnier, tient parole malgré le bémol du « en dix ans si possible » qui ternit la force du propos. Les 53 substances les plus préoccupantes vont être retirées du marché,
l'usage des pesticides va être mesuré en nombre de doses vendues, un indicateur beaucoup plus fiable. Les meilleures pratiques agricoles économes en pesticides doivent être généralisées dans
l'immédiat. Que Choisir, qui réclame une eau de qualité depuis de longues années, applaudit. Ces pratiques existent, mais elles supposent de renoncer à la monoculture, de systématiser les rotations
de cultures qui stoppent le développement des parasites et la prolifération des mauvaises herbes, de planter des variétés plus résistantes ou de cultiver des mélanges de variétés, de réduire les
engrais pour que les cultures résistent mieux aux maladies, de passer à la lutte biologique et de recréer des zones propices à la présence des auxiliaires. Le rendement est moindre mais les coûts
aussi !
Étiquetage environnemental des produits : Un essai à confirmer
Mine de rien, ça pourrait faire évoluer les habitudes de consommation. Encouragée par le Grenelle de l'environnement,
la grande distribution s'est lancée dans l'étiquetage environnemental. L'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) et l'Afnor travaillent à un cahier des charges
standardisé grâce auquel on évaluerait l'impact environnemental des produits en utilisant les mêmes critères de référence, quelle que soit l'enseigne. Une uniformité bienvenue. Encore faut-il que
toute la grande distribution s'entende pour l'appliquer. La FCD, syndicat professionnel du secteur, s'est engagée à un affichage sur 300 produits en 2009, avant une généralisation à tous les
rayons en 2011, mais certaines enseignes n'y adhèrent pas...
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Autres mesures
Avancées et reculs
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Phosphates. Ils devaient disparaître des détergents pour lave-vaisselle en
2010,
c'est une mesure indispensable pour améliorer la qualité de la ressource en eau, mais les fabricants
ont fait pression sur le gouvernement depuis le Grenelle. Pis, ils ont été entendus. Résultat :
l'interdiction est reportée à 2012 pour les produits destinés aux ménages et à 2015 pour
les professionnels. Que Choisir recommande évidemment l'emploi de pastilles sans phosphates.
Air extérieur. Un peu de mieux avec le plan sur les particules fines, des
polluants redoutables,
notamment émispar les véhicules diesels, qui polluent l'air urbain et pénètrent dans
les poumons.Les concentrations devront descendre à 15 µg/m3 d'air maximum.
Malheureusement,il est prévu des dérogations en milieu urbain, un comble ! De plus,
la cohérence manque,là encore. Le bonus auto est accordé aux voitures diesels qui émettent moins de
130 grammes de CO2 par km,même si elles ne disposent pas de filtre à particules.
Air intérieur. Sa qualité faisait partie du
Grenelle. L'UFC-Que Choisir a apporté sa contribution,
mais les projets de loi sont décevants.
Seules les émissions en polluants volatils des produits de construction et de décoration seront
étiquetées.C'est très insuffisant pour garantir que l'air intérieur des logements est sain, les nombreux
tests deQue Choisir le prouvent. Beaucoupd'autres produits peuvent contaminer l'air intérieur,
qu'il s'agisse des désodorisants,des produits d'entretien, des meubles, des revêtements de sols...
Une occasion ratée.
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Conclusion
Les intentions étaient louables, mais les projets de lois se montrent bien timides, voire franchement limités par rapport aux objectifs du Grenelle.
Et nous, que pouvons-nous faire pour améliorer « notre empreinte écologique » (voir www.agir21.org)?
Logement : pensons à l’isolation, à baisser le chauffage quand nous ne sommes pas là, à
utiliser les appareils les moins gourmands. Eteignons les appareils en veille qui consomment plus qu’il n’y paraît ! Chaque fois qu’il faut changer une ampoule, ayons le réflexe « basse
consommation » : ces ampoules ont fait beaucoup de progrès et offrent le même service pour une durée de vie bien supérieure !
Transport : Commençons bien sûr par réfléchir à l’utilisation de notre voiture. Quand il
faut la changer, pensons à bien choisir le modèle en fonction de nos besoins et de sa consommation. N’oublions pas les transports en commun, même s’ils ne sont pas toujours performants sur notre
commune !
Déchets ménagers : un effort sur le tri et le compostage et la poubelle grise ne sortira
plus qu’une fois par semaine, voire moins. Evitons les produits trop emballés, barquettes et autres polystyrènes !
Divers : en toute occasion, prenons un peu de temps pour déchiffrer les étiquettes,
réfléchir à nos achats, afin de limiter personnellement nos atteintes à l’environnement. Nos élus se montrent timides ? Marsannay n’est pas un bon exemple pour la consommation de ses
bâtiments publics. Montrons quelle est notre volonté en faisant des efforts au quotidien. Nous ferons des économies et la planète s’en trouvera mieux.